Le projet luxembourgeois d’installer 15 hectares de panneaux photovoltaïques aux abords du village rattaché à la commune de Nouzonville a du plomb dans l’aile. Le préfet des Ardennes est allé dans le sens du maire et des 50 habitants de Meillier-Fontaine en signifiant la suspension d’une ambition d’énergie renouvelable peu raisonnable.
Un paradis vert
Niché à 320 mètres d’altitude, au milieu des champs et des forêts, Meillier-Fontaine et ses vieilles pierres ressemblent à un petit coin de paradis. Ici, la nature est reine. Pourtant, en octobre dernier, une réunion publique a fait redescendre de plusieurs étages la population. Un habitant avait donné son accord à un exploitant d’énergie solaire pour installer des milliers de panneaux photovoltaïques sur ses terres. La société Enovos avait alors sorti son plus beau PowerPoint pour convaincre chacun d’entre eux que leur paradis resterait un paradis. « Ça a été une levée de bouclier, on a créé une association pour défendre nos intérêts et le maire nous a suivis, raconte un retraité depuis son jardin. On a tous adhéré sauf une personne évidemment, je ne comprends toujours pas comment il a pu imaginer une exploitation industrielle sous nos yeux pour produire de l’électricité. » L’attrait d’un loyer intéressant pour louer ses parcelles ne serait pas étranger.
Ondulateurs, transformateurs et citernes
Le maire s’est vite rallié à la cause des 50 habitants. « Cela aurait été un enfer en pleine nature, heureusement le préfet s’est lui aussi engagé à nos côtés, il fallait arrêter les frais », indique le Florian Lecoultre qui avait d’ailleurs fait voter une motion au conseil municipal pour s’opposer officiellement au projet. Retour dans ce cadre préservé où un homme nous interpelle : « J’ai appris à aimer les oiseaux depuis que je suis ici, c’est un spectacle fabuleux, des rapaces aux insectes, les plantes, la biodiversité a toute sa place dans notre poumon vert. » Autant dire que les ondulateurs, transformateurs et autres citernes et accès pompiers nécessaires au parc agrivoltaïque ne se fondaient pas facilement dans l’ambiance carte postale.
L’amour de son village
« Les enfants des communes voisines viennent faire de la luge l’hiver sur ces terrains, et on allait les recouvrir de panneaux photovoltaïques avec des bêtes en pâture dessous, on marche sur la tête », glisse notre retraité. Visiblement toujours sous le coup de la colère, il ajoute avant de tourner le dos : « Il ne faut plus aimer son village pour accepter ça et essayer de nous faire croire que des haies nous feraient oublier ce triste spectacle. » L’essentiel est heureusement préservé depuis quelques jours. Le petit coin de paradis va garder toute son authenticité. L’invasion du Luxembourg a été repoussée.